Puissances de la norme

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La norme est au cœur de nos sociétés et constitue par essence un objet transdisciplinaire. Son étymologie renvoie à une vision technique, le latin norma désignant un instrument du géomètre qui permet à la fois le tracé et la mesure, la démarcation et l'évaluation. Cette forme originelle demeure présente en filigrame dans l'acceptation immédiate du terme par tout individu appartenant à une société donnée, qui identifie la norme au moyen de l'actualisation du concept dans l'une de ses réalisations concrètes : lois, codes, règles, modes de comportement, jugement social, etc.

 

Parce qu'elle permet d'activer des couples antagonistes fondamentaux pour le gouvernement des conduites individuelles et collectives - affirmation/négation, inclusion/exclusion, autorisation/interdiction, sanction/récompense, etc. - la norme a su séduire les instances à même de saisir des rapports de pouvoir, de rationalisation et d'administration des hommes et des choses. Dès lors, l'histoire de la constitution des sociétés et des organisations peut aussi se lire à l'aune de la construction de systèmes normatifs, c'est-à-dire de l'articulation et de la hiérarchisation de dispositifs discriminants mais aussi de leur évolution (diffusion, inversion, actualisation, migration, extinction).

 

Cette puissance de la norme est l'un des facteurs explicatifs de sa prolifération dans nos sociétés. Juridiques, économies, techniques, sociales, les normes expriment aujourd'hui leur vitalité dans des sphères dont la variété masque mal la proximité des questions qui s'y jouent. D'autant que, loin d'être étanches, les systèmes normatifs (formalisés ou non) se contaminent les uns les autres au risque de la surabondance sinon de la contradiction. Une telle propagation ne se comprend que si l'on ramène la norme à ce qu'elle représente en termes de contrôle et de domination pour l'entité qui s'en empare, que ce soit au niveau microscopique (le groupe social) ou macroscopique (l'organisation, l'Etat). De toute évidente, dans l'optique inverse, celui qui se voit absorber par le cadre normatif et, donc, défini par lui comme étant normal ou "a-normal", va en subir les effets, consciemment ou non, et se trouver pris dans un jeu de contraintes qui vont influencer son être (identité, affects, savoirs) et ses comportements (intentions, décisions, actions).

 

Discriminantes par nature (Canguilhem), empilées sous forme pyramidale (Kelsen), ressources disciplinaires imposées ou produits par l'histoire (Foucault), les normes semblent tantôt levier d'action ou emprise coercitive, principe de souveraineté légitime ou, au contraire, violence sociale justifiant déviance ou résistance.

 

C’est cet entrelacement de conceptions et d’usages de la norme que ce colloque se propose d’interroger en portant un éclairage délibérément multidisciplinaire sur cet outil décisif pour le fonctionnement des sociétés, des états et des entreprises, dans une perspectives aussi bien rétrospective que prospective. Le souhait de voir se rencontrer (et, parfois, se confronter) des analyses relevant de champs disciplinaires différents (si l’intégralité des sciences humaines et sociales sont concernées, les sciences exactes croisent elles aussi des problématiques liées à la norme) conduit à une ouverture à des contributions embrassant des problématiques hétérogènes, mobilisant des méthodes variées et s’intéressant à des unités d’analyse différentes. Néanmoins, quelques grands thèmes s’imposent :

Le sens de la norme

La production des normes

L’adaptation des normes

La prolifération des normes

L’instrumentalisation des normes

L’opposition aux normes

L’épistémologie de la norme

Depuis les diktats de la mode ou les règles de convenances jusqu’aux normes comptables en passant par la transposition dans la loi de principes moraux ou la constitution des indicateurs permettant d’évaluer la RSE, la norme étend son règne dans le quotidien de tout un chacun. L’Afnor énonce de plus en plus de standards techniques, les Français disputent à l’envi des règles de l’orthographe tandis qu’un candidat à l’élection présidentielle se rêvait en président « normal » et qu’une banque suisse défrayait la chronique par la précision du dress code imposé à ses cadres. Cette propension normalisatrice, ses origines et ses effets seront au cœur des débats lors de ce colloque

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